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LES BOMBARDIERS A REACTION

   En novembre 1914, l'Amiral allemand Alfred Von Tirpitz notait que les premiers raids de Zeppelin sur l'Angleterre avaient certes effrayé les Britanniques, mais qu'il n'était pas favorable à la terreur. Il pensait que les bombardements au hasard étaient odieux quand ils frappaient et tuaient des femmes et des enfants, et qu'on finissait par s'y habituer. C'est un parfait résumé de la problématique du bombardement stratégique, à savoir la difficulté de passer de la capacité à tuer ou blesser un nombre relativement restreint d'individus à celle d'infliger des dommages importants, susceptibles d'entamer sérieusement les forces matérielles et morales de l'ennemi.

    Dans l'entre-deux guerres, ce fut un théoricien militaire italien, Giulio Douhet, qui élabora les théories qui influencèrent le développement de l'aviation de bombardement chez les futurs protagonistes du second conflit mondial. Douhet savait que désormais, ni les industries, ni les villes, ni les transports, ni les travailleurs et ni même les civils innocents n'échapperaient aux attaques en cas de conflit futur. Il prétendait que l'aviation allait pouvoir dépasser le champ de bataille et frapper directement l'ennemi sur son territoire, et qu'avec un mélange d'explosifs de forte puissance, de bombes incendiaires et asphyxiantes, les attaques aériennes seraient en mesure de briser la détermination de l'ennemi dès le début des hostilités. L'histoire lui donna à la fois raison (bombardement de Rotterdam par la Luftwaffe le 15 mai 1940) et tort (le Blitz contre l'Angleterre pendant l'été 1940).

    Les 6 et 9 Août 1945 marquèrent le point culminant de l'utilisation maximale du bombardement stratégique avec les largages des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki par les B-29 Superfortress "Enola Gay" et "Boxcar". Certes, la bombe A dépassait de loin la puissance des bombes ordinaires dites "conventionnelles", mais ces 2 opérations marquèrent la fin du second conflit mondial et influencèrent pour le demi-siècle à venir la conception du bombardement stratégique.

    Si c'est un avion à moteur à pistons qui exécuta la dernière mission de la guerre, des Jets étaient déjà en opération dans les forces aériennes des différents belligérants. Ainsi, le premier bombardier à réaction fut mis en œuvre dès 1944 par les Allemands, avec l'Arado Ar-234 "Blitz". Bien qu'ayant servi surtout comme avion rapide de reconnaissance, il se montra très efficace lors d'opérations de bombardement tactique pendant l'avancée des troupes alliées après le Débarquement de juin 1944.

   Côté britannique, le premier essai de conception d'un véritable bombardier à réaction fut un coup de maître. L'English Electric "Canberra" fut un tel succès que même les USA, qui n'avaient pas acheté d'avions étrangers depuis 1918, le firent voler sous le nom de B-57.

   Mais le "Canberra", même s'il pouvait transporter les nouvelles bombes A britanniques et malgré toutes ses qualités, n'était pas à proprement parler un bombardier stratégique. Il fallait que la Grande-Bretagne, au début de la Guerre Froide, se dote d'une flotte d'avions avec un rayon d'action assez grand pour pouvoir menacer le territoire des pays de l'Est, nouvellement regroupés au sein du "Pacte de Varsovie". C'est le sens du programme "V Bombers", dont sont issus les bombardiers Avro "Vulcan", Handley-Page "Victor" et le Vickers Valiant. Ces bombardiers ont eu une longue et fructueuse carrière, avec une variété très étendue de missions.

   En France, si les premiers Jets sillonnent le ciel dès le début des années 50, la nécessité de disposer d'un bombardier stratégique lourd à réaction ne se fait pas sentir de la même manière que chez les autres alliés de poids de l'OTAN. Le Commandement des Forces Aériennes Stratégiques dispose à la fin des années 50 du Sud-Ouest SO-4050 "Vautour" II.1N, bombardier tactique pouvant transporter les nouvelles bombes A françaises expérimentées dans le désert africain et dans l'atoll de Mururoa. Mais le principal vecteur de force de frappe nucléaire devient à partir de 1964 le Dassault "Mirage IV" supersonique, et le restera jusqu'à la mise en service du "Mirage 2000 N" au milieu des années 80.

   Côté américain, le développement des Jets n'a jamais été une priorité pendant le déroulement de la deuxième Guerre Mondiale. Dès 1940, l'USAAF avait anticipé une éventuelle défaite de l'Angleterre alors en grande difficulté face aux assauts de la Luftwaffe en lançant un appel d'offres pour un bombardier avec un rayon d'action tel qu'il pourrait transporter son chargement sur l'Europe depuis les USA et faire le retour à vide sans avoir à se poser. 2 projets se détachèrent et furent mis en concurrence : le XB-35 de Northrop (la fameuse "Aile Volante") et un avion beaucoup plus conventionnel développé par Consolidated, le XB-36. Le "Peacemaker", énorme avion hexamoteur, fut finalement choisi, malgré les qualités de l'extraordinaire Aile Volante. Mais cette dernière allait à nouveau faire parler d'elle une dizaine d'années plus tard.

B-36 "Peacemaker"

    Après la fin de la guerre, le premier véritable bombardier à réaction américain fut le North American B-45 "Tornado", vite dépassé par le tout nouveau Boeing B-47 "Stratojet", qui bénéficiait à la fois des travaux allemands sur les ailes en flèche, et de l'expérience acquise par la firme de Seattle par le biais de la mise au point du premier long-courrier civil B-707. L'USAF était satisfaite de ses B-47, mais le tout nouveau et puissant Strategic Air Command et son chef le Général Curtis LeMay voulait un nouveau vecteur pour remplacer les B-36 vieillissants et avoir la capacité de frapper l'URSS depuis n'importe quel point du globe. Un nouvel appel d'offre fut lancé, auxquels répondirent Martin et son XB-48, Boeing et une nouvelle évolution du "Stratojet", l'octoréacteur XB-52 et Northrop qui avait remotorisé son Aile Volante pour en faire le YB-49. Encore une fois, le génial projet de Northrop fut écarté. Il lui fallut attendre le B-2 "Spirit" pour que son rêve se matérialise enfin. C'est le "Stratofortress" de Boeing qui devint le bombardier stratégique principal de l'USAF, et dont la carrière n'est pas prête à s'achever de sitôt. De son côté, le Tactical Air Command commandait le B-57, une version du "Canberra" britannique qui allait s'illustrer au Vietnam.

   Dans la frénésie de s'armer le plus possible qui caractérisait l'époque de la guerre froide, la nécessité d'avoir un bombardier extrêmement rapide déboucha sur 2 nouveaux projets. Convair décrocha un contrat pour un bombardier tactique et stratégique supersonique à ailes delta, le B-58 "Hustler", pendant que North American était chargé de la construction d'un avion phénoménal qui devait atteindre Mach 3, le XB-70 "Valkyrie". Mais les contraintes techniques de réalisation d'un tel appareil au milieu des années 60 eurent raison du projet, malgré la construction de 2 prototypes qui laissèrent des images fabuleuses. De son côté, Grumman se lançait dans le projet d'un bombardier à géométrie variable, le F-111 "Aardvark" qui, après de douloureux débuts au Vietnam, allait se révéler comme un avion exceptionnel. Au Vietnam, L'USAF utilise le B-66 "Destroyer", issu du "Skywarrior" embarqué.

   Quant aux Soviétiques, leur bombardier stratégique standard dans l'immédiat après-guerre était une copie du B-29 Superfortress américain réalisée après qu'un de ces appareils eût été récupéré à la suite d'une mission. Mais bien vite, les bureaux d'étude des constructeurs possédant l'expérience des gros appareils se mirent au travail.  Tupolev avec le Tu-14 et Ilyouchine avec l'Il-28 "Beagle" apportèrent dès le début des années 50 une réponse aux "Canberra" et "Tornado" occidentaux. Comme les Américains, les Soviétiques voulurent bien vite un appareil leur permettant de larguer leurs nouvelles bombes A et H sur des objectifs stratégiques éloignés. De nouveaux appareils firent ainsi leur apparition au gré des diverses manifestations et défilés qui égayaient le quotidien de l'URSS dans les années 50 et 60. Ces avions ne laissaient pas d'inquiéter les observateurs occidentaux, et avec raison. Le Tupolev Tu-95 "Bear", seul avion à hélice avec des ailes en flèche, avait un rayon d'action lui permettant de rester en l'air de longues heures, jouant au chat et à la souris avec les intercepteurs de l'OTAN. Le Tu-16 "Badger" fut vu dès la Guerre de Corée et servit des décennies au sein des Forces Aériennes Soviétiques, la PVO Strany. Myasichtchev conçut 2 bombardiers à très long rayon d'action, les M-4 "Bison" et M-50 "Bounder" et Tupolev agrémenta la panoplie stratégique russe de ses Tu-22U "Blinder "(équivalent du B-58 "Hustler") et Tu-22M "Backfire" (rival du B-1 "Lancer").

 

 

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