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Northrop YB-49 "FLYING WING"

Mis à jour le 21 Août 2011

 
 

YB-49

 
 

L'aile volante représente la configuration aéronautique la plus aboutie : une aile dont la pureté n'est pas altérée par des empennages ou un fuselage, et dont chaque m² de la surface génère de la portance. Cependant, avant l'invention des commandes de vol électriques, le concept avait peu de chances d'atteindre la maturité nécessaire à la réalisation d'avions commerciaux ou de combat. Néanmoins, le pionnier américain Jack Northrop a définitivement lié son nom aux ailes volantes. De sa première réalisation, une aile hybride, jusqu'à ses plans ambitieux de construction d'ailes pures destinées au bombardement stratégique ou au transport commercial, Northrop rêvait d'un avenir où les ailes volantes domineraient le ciel. Malheureusement, cette vision fut contrariée par la technologie alors disponible mais, si elle ne s'était pas encore matérialisée, c'était uniquement parce que Northrop avait de l'avance sur son époque.

Le premier projet d'aile volante de Northrop fut l'"Avion Modèle 1", qui vola le 30 juillet 1929. Le succès commercial ne fut pas au rendez-vous, essentiellement à cause du krach financier de 1929, et l'inventeur dut patienter jusqu'en 1939 pour poursuivre ses projets. Le Northrop "Modèle 1" ou "N-1" sera une maquette pilotée d'aile volante pure à échelle réduite, destinée à valider le concept et à soutenir, par des vols réels, la définition aérodynamique de l'aile définitive. Le "N-1" devint donc N-1M (pour "mock up : maquette) et vola le 3 juillet 1940.

Le 27 mai 1941, l'USAAC (future USAF) sollicita Northrop pour "une proposition d'un avant-projet de bombardier utilisant la formule de l'aile volante". Le 19 août, les exigences opérationnelles du "N-9" sont figées : ce sera une aile volante quadrimoteur, capable de transporter 4,5 T de bombes sur une distance de 16000 km, à une vitesse de croisière comprise entre 390 et 480 km/h, et à une vitesse maximale entre 560 et 720 km/h. L'avion, équipé d'un cockpit pressurisé, aurait un plafond pratique de 12000 m et aurait un armement défensif de 20 mitrailleuses de 12,7 mm réparties dans 6 tourelles de voilure et un poste de mitrailleur de queue.

La construction de l'avion, maintenant dénommé "XB-35", se poursuit lentement pendant la guerre et, enfin, le premier prototype effectue son premier vol le 25 juin 1946. Mais des problèmes récurrents de motorisation affectent le programme. L'USAAF, qui était entrée dans l'ère du Jet en 1942 avec le Bell P-59 "Airacomet", décide dès mai 1945 que 2 des 13 ailes de présérie (YB-35) vont recevoir 8 réacteurs Allison J35-A-15 de 1700 kgp, et seront redésignées "YB-49".

Cette transformation du "XB-35" en Jet devait se traduire par de grosses modifications structurelles : ajout de 8 généreuses dérives (4 dorsales et 4 ventrales) prolongées sur toute la corde de l'extrados par 4 arêtes censées s'opposer au décrochage ; disparition des tourelles d'armement défensif (sauf la tourelle de queue) et de 2 des 8 soutes à bombes ; bridage des réacteurs du fait de l'épaisseur de la voilure induite par le concept même de vouloir noyer la motorisation, le carburant, la charge utile et l'équipage dans la voilure.

Malgré tout, après 2 ans de travaux, le "YB-49" décolle le 21 octobre 1947 aux mains du pilote d'essais Max Stanley. Il se comporte superbement et affiche une vitesse de croisière de 675 km/h avec des "pointes" à 790 km/h à 6300 m.

Mais le 5 juin 1948, le "YB-49" n°2 s'écrase dans le désert de Mojave du fait d'un décrochage suivi d'une vrille, tuant son équipage. Une campagne d'essais de bombardement en octobre 1948 scelle ensuite le destin de l'aile volante en tant que bombardier stratégique. Si les pilotes louaient les excellentes qualités de vol du "YB-49", l'officier de bombardement le trouvait trop instable pour assurer sa mission, et l'ingénieur-naviguant, qui gérait les multiples réserves de carburant pour maintenir un centrage correct de l'avion, vivait dans la hantise d'un glissement vers l'arrière du centre de gravité, propice au décrochage et à la vrille. De plus, la guerre froide naissante changeait les priorités pour le nouveau Strategic Air Command : il s'agissait maintenant de pouvoir attaquer l'URSS depuis le sol des USA, avec une bombe atomique contemporaine, très volumineuses et d'un poids de 5 T. Ce nouvel impératif disqualifiait d'emblée l'aile volante, dont les petites soutes ne pouvaient loger une bombe A de cette taille. D'autre part, le "YB-49", limité à une distance franchissable de 5200 km, se classait dans la catégorie des bombardiers "moyens", alors que l'énorme B-36 "Peacemaker" pouvait avaler d'un coup d'ailes 13000 km.

Aujourd'hui, il apparaît que l'aile volante avait au moins une génération d'avance sur les bombardiers contemporains. Avec 10 années de plus, elle aurait été capable d'emporter une charge atomique (dont le poids a été divisé par 200 en 10 ans !) et d'atteindre l'URSS grâce au ravitaillement en vol (développé dès 1949). Sa furtivité naturelle lui aurait également donné une capacité unique de pénétration, et son comportement instable aurait pu être maîtrisé grâce à l'émergence des systèmes d'augmentation artificielle de stabilité.

Une version de reconnaissance "YRB-49" fut envisagée, mais la commande fut annulée en janvier 1949 sous la pression du Général Curtiss LeMay , nouveau chef du SAC, et l'ordre fut donné de détruire toutes les ailes volantes, sauf 2 exemplaires.

Le 14 mars 1950, le "YB-49" n°1 fut détruit sur le lac Rogers, et le dernier "YRB-49" (ex "YB-35") fut livré aux ferrailleurs le 1er décembre 1953, après un dernier vol le 26 avril 1951.

Il faudra désormais attendre le 22 novembre 1988 et la première sortie du Northrop B-2A "Spirit" pour voir de nouveau une aile volante sillonner les cieux, et le rêve de Jack Northrop se réaliser enfin.

 

YB-49

 

Type : Bombardier stratégique à long rayon d'action ; Equipage de 6 hommes

Motorisation : 8 réacteurs Allison J35-A-15 de 1700 kgp

Dimensions : Envergure : 55,42 m ; Longueur : 16,18 m ; Surface alaire : 371 m²

Poids à vide : 40,12 T ; Masse maximale au décollage : 96,87 T

Performances : Vitesse maxi : 790 km/h 6300 m ; Plafond pratique : 12200 m ; Distance franchissable : 5240 km

Armement : Jusqu'à 7,25 T de bombes dans 6 soutes (3 sous chaque demi-aile) ; 4 mitrailleuses de 12,7 mm en pointe arrière de l'aile télécommandées (jamais installées)

 

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